
L’ART AU SERVICE DE L’ÉDUCATION
Le plasticien camerounais Alioum Moussa a mis sur pied un projet artistique visant à promouvoir l’éducation des enfants désœuvrés dans l’Extrême Nord du pays.


par Vera Mete
Le plasticien camerounais Alioum Moussa a mis sur pied un projet artistique visant à promouvoir l’éducation des enfants désœuvrés dans l’Extrême Nord du pays.
« Art-doise », c’est ainsi qu’Alioum Moussa a baptisé cette création. Il s’agit en effet, comme son nom l’indique, d’une série d’ardoises au verso desquels le plasticien a peint des visages d’enfants pour indiquer la cible à laquelle il s’adressait. Le choix des ardoises comme matière première de cette collection n’est donc pas le fait du hasard. En effet, le plasticien a conçu ces « Art-doises » destinées à la vente. L’idée étant que « 40% des fonds recueillis de ces ventes aillent à l’endroit d’une association locale dans l’Extrême Nord du Cameroun qui œuvre pour l’éducation des jeunes ». Une partie des fonds générés par cette vente servira à la scolarisation des enfants démunis et orphelins de cette région du Cameroun. Tel est l’objectif visé par Alioum Moussa qui, pendant trois semaines, a travaillé à la mise en œuvre de ce projet dans son laboratoire Cake’Arts à Yaoundé. L’initiative porte ses premiers fruits. À ce jour, 50 d’ardoises ont été achetées, ce qui a permis depuis deux rentrées scolaires déjà, la prise en charge de la scolarité et l’achat des fournitures scolaires d’une dizaine d’enfants.
Mais l’artiste n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Pour lui, rien de grand n’est encore fait. Il invite davantage de bienfaiteurs à cette collecte de fonds pour le bien de leurs bénéficiaires : « je lance un vibrant hommage à toutes les bonnes volontés. Mon association Cake’Arts et ses partenaires sont ouvert aux éventuelles contributions. Ils peuvent dans un premier temps acheter les Art-doises … », confie-t-il.
En effet, l’inspiration de cette œuvre vient des nombreux voyages de l’auteur dans son village natal : « l’idée de l’ardoise m’est venue après un séjour dans l’Extrême Nord. J’y ai constaté que malgré toutes les années qui passent, la sous-scolarisation des enfants demeure importante. Le décrochage scolaire y est préoccupant ». Cet état de fait dans la région est confirmé par la mauvaise qualité des résultats en fin d’année scolaire, déplore, amer, Alioum Moussa qui s’inquiète de voir sa région d’origine être citée comme un contre-exemple : « la Région qui vient toujours en dernière position ». Constat indéniable si l’on s’en tient au Taux Brut de Scolarisation (TBS) dans le préscolaire au Cameroun. En effet, les statistiques du Ministère de l’Éducation de Base indique qu’il était de 39,7 % au cours de l’année scolaire 2021/2022, soit environ un point de plus que l’année précédente. Pourtant, ce taux, dans la région de l’Extrême-Nord était seulement de 7.9% cette même année.
Cette initiative d’Alioum Moussa trouve donc toute sa place dans cette région qui est une Zone d’Éducation Prioritaire (ZEP), au même titre que le Nord, l’Adamaoua et l’Est. Parmi les circonstances aggravantes de la sous-scolarisation, l’artiste évoque le caractère crisogène de la région qui fait face à la fois aux crises alimentaires, économiques et sécuritaires qui sévissent dans la zone, avec notamment les exactions de la secte islamique Boko Haram qui ont été un « traumatisme indescriptible pour les populations. Plusieurs milliers d’écoliers ont perdu leurs parents et se retrouvent orphelins. Du coup, leur avenir est hypothétique. C’est cette raison qui me pousse à venir en aide à cette couche de notre société ». Le vernissage donc, donné à l’institut français du Cameroun en octobre 2021, et dont le plasticien dit toute sa gratitude à l’endroit de « son directeur Yann Lorvo, qui n’a ménagé aucun effort pour que le projet voit le jour dans ses locaux de Yaoundé et de Douala », était l’occasion pour l’artiste de décrier les inégalités d’accès à l’éducation dans cette zone. Au cours de cette rencontre artistique, l’auteur des « Art-doises » présentés, a dit tout son souhait de voir les enfants désœuvrés de l’Extrême-Nord, recevoir une éducation digne, à la hauteur de celle reçue par tous les autres enfants du pays : « 10 enfants [pour un début] vont commencer leur vie d’écolier grâce aux ventes des ardoises », avait-il déclaré. Des 500 art-dois produites, il en reste 450 et l’auteur compte bien les vendre toutes « je ne perds pas espoir quant à mon objectif principal ; faire de l’art contemporain une action sociale ». Alioum continue son combat en faveur des orphelins et entend d’ici quelques années, envoyer plus d’enfants à l’école. Ce qui n’est pas surprenant pour ceux qui connaissent la démarche artistique du plasticien qui vogue entre le textile, l’environnement et surtout le social. Il le dit d’ailleurs la mine joyeuse : « j’ai envie que mon art parle au bas peuple, aux nécessiteux ».
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